Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 08:02
Ou comment rester bloqué dans les starting-blocs…


J’aime voyager. Il y a certes le plaisir de changer d’air pour oublier les lendemains de fêtes pluvieux quand le chien du voisin commence de s’éclaircir les cordes vocales vers 7h30. Mais voyager peut devenir aussi une véritable nécessité de service pour mes yeux, mon cerveau et mon moral. Les ogres ont les petits enfants, les hypo-gloutons les billes blanches et les loups les chèvres de M. Seguin : moi, il me faut mes billets d’avion.
Il faut que je me gave, me remplisse, me fasse péter l’estomac d’images, d’odeurs, de saveurs et de rencontres, même éphémères, pour nourrir ce besoin de nouveauté. Sinon, je me gave, me remplis et me fais péter le ventre avec tout ce qui peut se trouver dans mon frigo, du yaourt 0% aux tranches de bacon en passant le vieux reste de harissa. 
Au prix des liposucions et des séances de cellu-M6, autant voyager.

Et parfois, pour voyager, justement, on a besoin d’un document administratif communément appelé visa, parce que même si l’aventure peut être au bout de la rue, sur son pallier (ah, une bonne engueulade avec ses voisins !) ou dans sa salle de sport (tiens, y’avait un muscle, là ?), la mienne va se dérouler, si tout va bien, à quelques milliers de kilomètres de mon antre, de mon pâté de maison et de mes barres de poids : dans un monde tout à fait nouveau pour moi, l’Inde ; endroit choisi pour son côté spirituel autant que dépaysant…

Après avoir fait les recherches nécessaires sur Internet pour l’obtention du Sésame censé m’ouvrir les portes de la perception, j’ai recueilli et imprimé tous les documents nécessaires au dossier et décidé d’aller le déposer avec un ami en partance pour Delhi lui aussi, au bureau des visas. Donc. Un vendredi, histoire de ne pas y passer des heures.

Afin de ne pas mourir de faim et parce que mon ami va rapidement mériter le surnom de marmotte-ventre-à-pattes, nous faisons d’abord étape dans le XVIIème, à Paris, pour lui faire découvrir ce que j’estime être le meilleur Kebab de la capitale, dans mon ancien et trop regretté quartier des Batignolles.
Nous savourons nos frites et nos morceaux de veau « sauce blanche sans oignons » sur un banc public - banc public. Ah, m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi et regarder les gens tant qu’il y en a, et mettre du pain pita sur nos pantalons pour attirer les moineaux, les pigeons… 

Deux estomacs pleins et un pèlerinage au temple Starbuck plus tard, nous repartons en direction de la fabrique à visas. Rue de Paradis. Un signe.

Après avoir résisté à dix-huit propositions de french-manucure et trente-deux offres de dread-locks à la sortie du métro, nous arrivons dans le quartier blacko-pakistanais de la Gare du Nord : un endroit qui hésite toujours entre modernisme et tradition et qui fleure bon le tandoori, les cosmétiques ayurvédiques et la colle à faux ongles.
Rue de Paradis, nous entrons dans le bâtiment pour déposer nos dossiers.
 
« Ah mais les dépôts de dossiers se font de 9h00 à 14h00 ! ». 
Il est 14h30. Grmf. 

« Et c’est écrit sur votre site web, ça ?
- Oui-oui ».

Tu parles.

Je regarde mon ami d’un air contrit et, je ne sais pour quelle raison obscure encore, lui pose la question la plus conne de la terre, encore plus forte qu’une blague carambar, encore plus fine qu’une question des Grosses Têtes, celle qui aurait mérité les félicitations du jury aux championnats du monde de répartie minable, un vingt sur vingt en stupidité artistique, un abonnement à vie à Tele-Z… « Tu savais, toi, qu’il y avait des horaires ? ».
Consternant.

Et là, il a été vraiment sympa à mon égard en se contentant d’un simple « non, non, forcément ». 

Alors qu’il aurait pu abuser de cet humour cocasse qui le caractérise et me renvoyer dans mes vingt-deux jusqu’au banc de touche avec un carton rouge en me répondant un « Si si, mais c’est tellement plus drôle de devoir revenir », voire un « Oui, mais je suis qu’un con doublé d’un abruti alors non seulement j’ai préféré ne pas partager l’information mais en plus je me suis venu avec toii » ou carrément un « bien sûr mais j’ai une vie tellement merdique et vide que je me suis bien vu perdre deux heures dans une journée de congés ». 
Minable.

Pour éviter d’y passer des heures, cela dit, c’était réussi.

Nous sortons donc, aussi « brocouille » qu’un bon chasseur dans un sketch des Inconnus, de cette première étape d’un voyage en Inde, ce qui nous permet cependant de passer un peu plus de temps dans les boutiques : quand le sentier de la spiritualité se dérobe sous nos pas, autant fouler le pavé du shopping en remplaçant les bras de Shiva par la griffe de Zara. 

A défaut de vous élever vers le divin, ca vous habille pour l’hiver.

Par Olivia CHRISTOPHE - Publié dans : Quand... ou comment...
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 22:39
Là d’où je viens, il ne pleut presque jamais. Le concept baudelairien du « ciel bas et lourd » est étranger à beaucoup (tant le concept que Baudelaire lui-même d’ailleurs) et un ciel à peine couvert ressemble fort au paradoxe du verre à moitié rempli : alors que dans certaines régions, on pourrait y voir le signe d’une journée agréable, là d’où je viens, avec toute l’exagération qui nous caractérise, il fait simplement un temps pourri.

En revanche, là d’où je viens, à la fin de l’été, le ciel se venge de toute l’humidité qu’il n’a pas diffusé en bruinasses-mouillasses-crachinasses tout au long de l’année en vous présentant une addition particulièrement salée, vérifiant l’adage : quand il pleut, il pleut. Et il n’est pas rare de se retrouver avec une luminosité que les plus belles éclipses nous envient et se retrouver au bord d’une apocalypse qui nous ferait presque regretter d’avoir zappé la dernière interview de Paco Rabanne sur la fin du monde.

Et, à la fin de l’été évidemment, un matin de septembre, j’ai décidé de partir de mon nouveau lycée (Thiers) pour un pèlerinage dans l’ancien (Saint-Charles), histoire de revoir des têtes chères à mon coeur le temps d’un déjeuner, en espérant que lesdites têtes soient plus enclines au sandwich dans la cour qu’au gratin de chou à la cantine. Et de prier pour que les frites ne soient pas au menu du jour.

La matinée avait commencé par un cours de maths où la prof, déjà peu commode au naturel, s’accommodait mal, justement, du bruit d’un tonnerre que l’on sentait annonciateur d’un carnage imminent. Si elle avait pu coller une claque à l’éclair elle ne se serait pas gênée.

Après quatre heures d’un cours dédié aux espaces vectoriels multi-dimensionnels, aux lois de Poisson ou à je ne sais plus quel système matriciel dont il faudra qu’on m’explique un jour l’utilité pour des étudiants ayant décidé d’embrasser une carrière commerciale, me voilà partie pour prendre le bus en direction de Saint-Charles, sur les traces de ceux qui m’ont tant manqué ces dernières semaines.

Bermuda beige comme c’était la mode à l’époque (à pinces !), veste en jean, petites chaussures en daim sans chaussettes, sac Longchamp en bandoulière : ma panoplie d’étudiante marseillaise des Années 90 et moi-même étions prêtes à affronter les éléments. En tout cas, c’est ce que je croyais.

A peine montée dans le bus, les éclairs et les coups de tonnerre qui répétaient leur spectacle son et lumière en cours de maths, ont précisé leurs intensions et ramené leur copine la pluie avec eux dans la discussion. Et quand je dis la pluie, je devrais plutôt préciser le déluge. Les trombes d’eau qui se fracassent sur Marseille. Dieu qui prend une douche. Le grand ménage d’automne au Paradis et on ne lésine pas sur les moyens parce que l’écologie, c’est un concept terrestre. L’installateur de l’arrosage automatique au Jardin d’Eden qui s’est fourvoyé dans le paramétrage. On vidange les toilettes du Purgatoire, atrocement prises d’assaut par les récentes victimes d’un bar à bière qui aurait pris feu et dont on n’aurait pas encore décidé du sort.

Le mien, de sort, m’a semblé à peu près réglé lors que j’ai pensé à l’arrêt de bus. Sans abri-bus.
Collée à la carlingue le plus loin possible des portes à l’intérieur, bien accrochée à mon sac en bandoulière, je ressemblais à un parachutiste en plein baptême : « Jveux plus y alleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeer ! ». Et lorsque les portes se sont ouvertes, j’ai presque entendu le chauffeur crier « GO ! ».

Dès les cinq premiers mètres dehors, j’ai compris qu’il était inutile de lutter, de courir, d’essayer de feinter en passant près des murs pour limiter les dégâts : les pubs Tahiti Douche, c’est ici qu’elles ont été tournées.

J’ai donc marché vers ce qui a été le théâtre de ma vie personnelle adolescente et sentimentale ces dernières années, en pressant un peu le pas quand même : si courir ne sert à rien, il était au moins possible de limiter les dégâts et le nombre de gouttes d’eau qui me transperçaient autant les yeux que les flocons de neige peuvent cuire le visage pendant une tempête au ski.

Une fois à l’abri dans le lycée, j’ai fait l’état des lieux : du crâne aux chaussures, je n’étais qu’une éponge gorgée d’eau et ma culotte Petit Bateau n’a jamais été aussi à propos ! Je me suis déchaussée et comme dans les plus grands chefs d’œuvre du cinéma comme Police Academy ou Y’a-t’il un pilote pour sauver l’avion du flic de la reine, un filet d’eau a jailli de mes ballerines. J’ai guetté le poisson rouge et les amibes au cas où, sans succès.

J’ai enlevé ma veste et commencé à l’essorer. Mes cheveux auraient été encore un plus dans le ton avec du shampooing moussant. Quant à mon mascara, il devenait de plus en plus digne de Robert Smith au plus fort de ses années barbouillage approximatif quand The Cure était encore un groupe de new wave. J’ai donc essayé tant bien que mal de retrouver figure humaine grâce au dernier miroir utilisable des toilettes et suis ressortie des lieux d’aisance, un peu plus présentable. Mais toujours ridicule.

Au moment où j’ai mis les pieds dans la cour, le soleil a commencé son apparition, me permettant d’entamer un tour de ce très grand lycée pour y trouver quelque tête connue. Sauf qu’en temps de pluie, les autochtones préféraient affronter au sec les épinards et la langue de bœuf de la cantine puis se terrer dans un recoin d’escalier plutôt que déguster un pan-bagnat, même gastronomique, sous la pluie. Et Saint-Charles est un lycée de deux mille personnes, sept cours, quatre bâtiments, trois gymnases et une piscine : un vrai campus à la American Pie où ce ne sont pas les recoins qui manquent et où l’on peut se cacher partout et nulle part à la fois. Et là, c’était plutôt nulle part.

Au bout d’un quart d’heure d’une quête jusqu’à lors infructueuse à travers tous les couloirs, escaliers et préaux sous les yeux des indigènes s’étonnant d’un total « wet look » pas encore à la mode, j’ai aperçu un groupe familier. Enfin.
Je leur ai fait signe et me suis dirigée vers eux. Mon sourire est revenu sur mon visage.
Délivrance. Sans le banjo.

Et la sonnerie a retenti. Et m’a figée. Ils m’ont fait un clin d’œil, un bisou de loin, un signe de la main … et sont entrés en cours.

Les couloirs se sont vidés. Les classes remplies. Des petits pas précipités de retardataires retentissaient au fond du bâtiment. Et je restais figée, étrangère au remue-ménage autour de moi. Ne manquait plus que la musique pour parfaire le tableau. « Il était une fois dans l’ouest » : scène de fin, Ennio Moriconne, ils sont tous morts, paysage en traveling ralenti et décor limite apocalypse. 

Une grande détresse s’est installée en moi, hésitant entre l’envie d’hurler et tout casser façon Hulk et celle de m’asseoir en tailleur, en plein milieu du passage à regarder dans le vide et en me balançant version autiste, parce que j’étais à peu près dans le même état qu’un enfant qui fait tomber sa glace à peine entamée alors que son père n’a plus un kopek sur lui. Un supporter Italien un soir d’Euro 2000 quand la France inverse le score dans les arrêts de jeu. Le premier refusé sur la liste d’attente Air France la veille de Noël. Une rêveuse gourmande perdue dans une scène torride avec Brad Pitt et Georges Clooney qu’un bip-bip de réveil vient ramener à une réalité beaucoup moins délicieuse. Un cycliste occasionnel qui se fait piquer le dernier vélib en état de marche un soir de pluie et de grève de taxis, après la fermeture du métro, du côté des Halles. Un électeur, même de gauche, un deuxième dimanche de mai 2002 qui arrive au bureau de vote à 20h01 et se voit refuser l’accès à l’isoloir.

En fait, le terme exact, c’est « frustrée ». 

« Un des moyens d'extirper la frustration est sans doute la dérision. » (Youssef Chahine.) : j’ai recollé un sourire à mes lèvres à grand coup d’autosuggestion et de chatterton et suis repartie en direction du bus. 

La goutte d’eau qui me tombe dans le cou ?

Par Olivia CHRISTOPHE - Publié dans : Imposés
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Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /Nov /2009 19:45
Ou comment perdre un ami.


Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, je ne cuisinais pas. Ou peu. Ou le minimum vital : steaks hachés haricots verts, pâtes (sous toutes leurs formes) et légumes dans leur plus simple appareil, version sortie de boîte. Bref rien de transcendant, encore moins d’inédit tant ma connaissance des épices et condiments se limitait aux herbes de Provence, au persil et à l’ail. Autant dire que tout avait le même goût.

Il n’y a pas si longtemps, donc, mon livre de recettes personnel ne comportait que trois courtes pages : la piperade version maman, le gratin de courgettes version à l’huile et le poulet au curry à la mode Pierrot, parce que, jusqu’à il y’ a pas si longtemps il était beaucoup plus, facile, voire moins cher d’aller au Mc Do pour un Golden Menu (McDeluxe + cheeseburger + potatoes + boisson) ou chez les turcs en bas de chez moi pour le meilleur Kebab de la terre, que trouver Picard dans son quartier ou préparer sa tambouille. 
Et surtout, il n’y a pas si longtemps, je n’avais pas arrêté de fumer, et donc pas encore pris les dix kilos réglementaires et je n’avais pas passé la trentaine, ce qui m’autorisait bien des écarts.

« Afitoussoun*». 

Aujourd’hui, les dix kilos en question et quelques années plus tard, la force des choses m’a fait découvrir le pouvoir et le bonheur des épices, des sprays diffuseurs d’huile d’olive, du 0%, du poisson, de la vapeur, des légumes improbables comme le potimarron et les topinambours pourtant condamnés depuis la dernière guerre, du sucré-salé et de la cuisine asiatique en général : que des choses que je n’aurais jamais envisagé d’ingurgiter AVANT puisque le summum du raffinement culinaire consistait en les raviolis, patates à l’ardéchoise et courgettes au riz de Mamy, en le confit de canard du restaurant le Verre-Bouteille, et en le foie gras ramené de Tarbes, souvenir annuel et rituel des cures thermales que j’y faisais. Autant dire que ce n’était pas très varié.

Un beau soir, il n’y a donc pas si longtemps de ça, j’avais invité un de mes meilleurs amis à dîner dans mon palace parisien post-estudiantin de 20m² et avais décidé de mettre les petits plats ESSO dans les grandes assiettes TOTAL en lui préparant le nec plus ultra de mon triptyque culinaire : le poulet au curry version Pierrot.

La recette en est assez simple : 
Dans un bol, mélangez 20cl de crème fraîche avec de la moutarde, du poivre, du sel et du curry. Emincez les filets de poulets que vous faites saisir dans une poêle chaude et une fois la cuisson finie, recouvrez de la sauce, jusqu’à ce qu’elle ait récupéré tous les sucs de cuisson (dans le jargon, on doit dire déglacer). Servez avec du riz à côté ou en gloubi-boulga. C’est très bon. Rien que d’en réécrire la recette, cela me donne envie de la refaire, version 2009.
A priori inratable, non ? 
Makache.

Ce jour-là, je n’avais visiblement pas fait les courses comme il fallait puisque je n’avais pas de crème fraîche. Dans un éclair de génie, j’ai donc décidé de remplacer ladite crème fraîche par un yaourt, puisque c’est ce qu’on fait avec les plats au four lorsqu’on a une pénurie passagère.

Ne me laissant donc pas démonter par les circonstances, je prépare ma variante avant l’arrivée de mon convive afin que tout soit prêt dans les temps impartis, et ainsi m’éviter de passer ma soirée en cuisine, encore qu’à l’époque, cette dernière se résumait en un placard dans le couloir, limitant l’installation d’une distance physique comme intellectuelle avec qui que ce soit présent dans mon appartement.

Fred me rejoint lorsque je suis en train de mettre la dernière touche à mon chef d’œuvre et je l’installe « au salon » de mon studio : par terre sur le matelas, à une époque où vivre au ras-du-soi n’était pas encore un concept bobo de Roche-Bobois mais une nécessité financière. Après une petite séance de papotage sur tout et rien, et surtout sur rien, et après avoir fait réchauffer le festin préparé avec amour, nous nous mettons « à table », à savoir assis en tailleur autour d’une mini-table basse en plastique de chez Carrefour, voire de chez Benna-Ordür. Budget étudiant, quand tu nous tiens. La maîtresse de maison pas encore attablée, mais le feu vert donné, Fred avale la première bouchée et je ne tarde pas à le rejoindre. 

Et là, ce n’est pas pareil que d’habitude. Sans doute la variante.
Je remets un peu de sel au cas où, un peu de poivre, on sait jamais, et soumets à nouveau une bouchée à l’approbation de mes papilles, pour voir. Pas mieux. Voire pire. Et mon convive de continuer à manger. En silence. Je laisse quand même échapper un « Tu trouves pas qu’il y a un problème ? », auquel Fred, me répond, non sans une complaisance dont je ne me suis rendue compte qu’a posteriori : « Euh, non ça va … ». 

Parce que je ne suis pas femme à me laisser turlupiner pour si peu, je tente un quatrième, et dernier, coup de fourchette, qui d’abord me flanque une nausée à la limite du vomissement et ensuite me fait monter d’un ton dans la constatation et les aigus : « Mais c’est dégueulasse ! ».

Un ange passe.

 « Hum, maintenant que tu le dis, c’est pas terrible », finit par avouer, timidement Fred. L’un de mes meilleurs amis. Qui, si je n’avais pas osé dire le fond de ma pensée, aurait continué poliment, et surtout bêtement, à manger mon plat, prétextant sûrement quelque petit appétit à mi-course pour échapper à l’enfer de la pleine assiettée.

La conclusion ? Elle est double.

Concernant la variante yaourtesque de ma préparation culinaire hautement gastronomique, il est bien évident qu’au-delà de ne jamais avoir sa place sur www.marmiton.org, elle m’aura au moins permis de vérifier que non, les yaourts dans une poêle, ça ne marche pas, et d’ériger en principe une notion pourtant évidente : si tu veux éviter de filer de la merde à bouffer à tes potes, tu goûtes !

Enfin, ce soir-là, Fred a choisi de fermer les yeux sur mon égarement culinaire. Et comme dirait Francis Blanche : « La véritable amitié sait être lucide quand il faut, aveugle quand elle doit». Pour ma part, quelques années plus tard, j’ai décidé d’être lucide : on ne se parle plus.

Par Olivia CHRISTOPHE - Publié dans : Quand... ou comment...
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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 19:44
Je m’appelle Mounine et je suis une sardine. Un prénom pas facile à porter vers chez moi pour ceux qui connaissent l’expression et une condition pas facile à assumer en ce moment depuis qu’une sombre histoire a fait couler beaucoup d’encre dans les gazettes et beaucoup d’ancres dans le port, rapport au fait qu’une sardine, l’avait bouché, le port. De Marseille.
Alors, oui, évidemment, tout le monde sait maintenant que la sardine en question était un bateau largement plus grand qu’un pointu. Sauf les autorités, visiblement, puisque je me suis fait bannir des eaux territoriales sous prétexte que « quand il y en une ça va ; c’est quand y’en a beaucoup que ça pose des problèmes ».

J’ai donc été priée d’aller voir ailleurs si le corail était plus orange, une nageoire devant, une nageoire derrière, et si t’es pas contente, c’est pareil.

Après quelques temps de réflexion qui n’ont pas dû dépasser le quart d’heure puisque ma mémoire reste assez limitée (encore que largement plus développée que celle de mon abruti de cousin embocalé le poisson rouge), j’ai décidé d’aller traîner mes ouïes vers Paris, la capitale, ou plutôt Courbevoie, plus exactement, puisqu’il paraît que c’est là que ça se passe ! Qu’il se passe quoi, on n’en sait trop rien, mais dans la vie il faut savoir s’adapter, sinon t’as vite fait de finir rangée avec cinq inconnues au fond d’une boîte en fer jaune estampillée Titus.

Dans un premier temps, j’avais pensé rejoindre les mers chaudes du Sud, mais pour une petite chose comme moi, c’est l’assurance de finir croquée dans la gueule d’un requin, giflée par une raie manta ou harponnée par le premier plongeur venu en voyage de noces et qui s’ennuie. J’avais aussi envisagé une petite retraite dans un bassin paysager : le bonheur de l’eau claire, la chaleur, le couvert assuré et, pour peu qu’on tombe sur quelque amateur avertis des écosystèmes (les vrais, pas ceux d’IBM), la douceur d’une compagnie qui réconcilie nos biorythmes respectifs. Mais si vous me croyez capable de passer le reste de mes jours à tourner en rond dans un grand bocal, fût-il catégorie palace, sans plus voir du pays, c’est bien mal me connaître. Foi de Mounine.

Quant au froid des mers du Nord et des divers océans de cette planète, si c’est pour passer mon temps à éviter les bancs de saumons, qui n’ont rien à envier aux gangs de requins, les ours qui pêchent et les inuits qui font encore croire aux touristes qu’en faisant un trou dans la glace, on peut trouver du poisson, merci bien.

A la sortie du port, je prends donc « A DROITE », cap à l’est et au troisième embranchement, je prendrai à nouveau « A DROITE ». Je n’ai pas de GPS (une sardine avec un GPS, allons !), mais mon ami le loup, ce vieux briscard des mers, m’a élaboré un itinéraire digne des plus grands viamichelin et autres mappy.fr : il m’a bien expliqué que pour rejoindre Paname, il fallait que je m’engage dans un fleuve, la Seine et comme ce vieux loup de mer s’y connaît plutôt en matière de navigation, je suis bien décidée à scrupuleusement suivre ses instructions.

Au deuxième embranchement après le delta du Rhône, je prends donc à droite et entre dans ce qu’on m’explique être le canal du Midi et c’est là que les ennuis commencent. 

S’adapter, on avait dit.

S’adapter, en soi, au-delà d’être un concept, c’est une nécessité. Mais vraiment pas aussi simple qu’il y paraît. 
Par exemple, en entrant dans le canal, dans ce nouveau milieu, je me suis soudain sentie grosse et empotée, comme si, tout-à-coup, j’avais l’impression de moins flotter, comme si j’avais pris dix kilos en dix mètres. J’imagine bien que d’un point de vue purement morphologique, c’est impossible (décupler mon poids en dix minutes est quelque peu exagéré, même après un super festin de corail), aussi, pour oublier ce désagrément passager, ai-je essayé de planifier quelques projets positifs comme charger un peu plus les barres de poids lors de la prochaine séance de muscu, arrêter un temps les cafés autour des morceaux de chocolat ou simplement nager un peu plus au lieu de prendre un thon pour me déplacer, tout ça histoire de retrouver un peu de puissance dans ma motricité, parce que pour résumer assez simplement la situation : j’en chie grave.

Mais j’avance. Et pas toute seule : d’autres espèces aquatiques particulières à cet environnement m’accompagnent le temps d’une ballade, me posent gentiment des questions sur ma présence ici, me donnent même un ou deux conseils au passage puis reprennent le cours du canal et de leur existence à une vitesse de propulsion qui leur est plus habituelle, me reléguant au statut de Deux-Chevaux que la Porsche, un temps compatissante, laisse piteusement sur place. L’exclusion des handicapés moteurs, c’est terrible…

Bien des coups de nageoires plus tard, je sors de cet étrange tunnel qui entre temps s’est transformé en fleuve, pour retrouver mon milieu naturel, la mer, enfin, l’océan, comme on dit ici. Et si j’y ai largement gagné en légèreté, j’y ai gravement perdu en température. La vache, mais comment fait-on pour se baigner ici ? Je comprends mieux en voyant des hordes de gens vêtus de combinaisons aller sur l’eau mais, c’est étrange, les planches à voile n’ont pas de voile, ici… Cela dit, vu le courant qui est en train de m’emporter, cela ne m’étonne qu’à moitié qu’ils se passent du vent : je me fais prendre dans un rouleau et me retrouve à deux doigts de finir sur le sable, au milieu de nulle part, parce qu’ici, les plages n’en finissent pas et les autochtones y sont rares. Le seul moyen d’atteindre un tel résultat du côté de Marseille, c’est d’y venir en hiver, et encore, il faut savoir s’éloigner de celles du Prado où il y a toujours une tripotée de romanos prêts à faire un pique-nique entre deux concours de freesbee voire de cerf-volant.

Histoire de me remettre de mes émotions, je me jette sur le buffet de corail que j’ai trouvé au large et une fois rassasiée, je reprends mon périple, luttant d’abord contre le courant qui m’emmène inlassablement le long de la plage, puis contre une digestion qui voudrait bien m‘emmener, quant à elle, dans les bras de Morphée.

Plus j’approche de ce qu’on m’a dit être la Bretagne, plus ca se corse (vieille blague indépendantiste). D’abord parce qu’on sent bien (au sens olfactif du terme) que certaines catastrophes naturelles ont eu lieu ici : le cormoran devient revêche, sans doute parce que son gel effet mouillé-décoiffé-goudronné que lui a gracieusement offert Total n’est pas très à son goût. Ensuite parce que, à l’instar de certains quartiers de Paris un samedi après-midi (une véritable cohue, paraît-il), ça se bouscule sur les flots. Alors je ne sais pas, Maman, si les p’tits bateaux (ni les gros) qui vont sur l’eau, ils ont des jambes, mais ça trimballe du touriste, du militaire et du conteneur à tout va. 

Bienvenue en Normandie ! Le panneau n’y est pas - les sous-marins sont quand même encore trop rares pour nécessiter une telle signalisation, mais mes amis poissons m’en avertissent. 
Le Havre. 
Une jolie ville bien carrée, bien alignée où rien ne dépasse. Même pas la joie. Surtout pas la joie. Encore qu’elle n’ait rien à envier à sa copine Dunkerque. Ou Béthune. J’entre donc au Havre et prends A-DROITE, dans ce qui est supposé être la Seine et malgré tout l’entraînement que j’ai pu avoir depuis Marseille, je me sens à nouveau empotée. Le manque de sel sans doute. On nous le répète pourtant assez souvent : ne pas manger trop salé ni trop sucré. Ben voilà.

Ici, aussi, ce doit être le dernier lieu hype de la France : péniches, plaisanciers, rameurs, canoë-kayaks et transporteurs fluviaux divers et variés charriant invariablement du sable, du sable, du sable, voire, du sable. Je ne sais d’où il vient mais d’après ce que j’ai vu des plages de l’Atlantique et de la Manche, voire de la Mer du Nord, je sais où il va. 

Je remonte donc la Seine et en profite pour faire un peu de tourisme au gré des villes par lesquelles je passe et toutes sont loin de se valoir. Je comprends mieux cependant pourquoi certains peintres se sont arrêtés à Giverny. Dernier virage à Argenteuil et j’arrive enfin à Courbevoie, au son des klaxons et d’une civilisation urbaine très très haut perchée dans des immeubles de bureaux.

J’y suis. Comme dirait le grand philosophe Jean-Philippe Smet : « Pour moi la vie va commencer ».
Ca tombe bien, on m’a dit qu’il y avait une piscine, par là. Comment ça, elle est fermée ?

Par Olivia CHRISTOPHE - Publié dans : Imposés
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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /Nov /2009 11:34
Ou comment ne pas s’entêter quand les signes extérieurs sont contre nous…


La journée avait pourtant bien commencé : profitant d’une heure de sommeil supplémentaire grâce au passage à cette satanée heure d’hiver, mon corps avait relativement récupéré de la fatigue accumulée tout au long de la semaine ainsi que d’une petite caisse la veille au soir et mon livreur de croissants dominical personnel était même venu me cueillir au réveil, les yeux encore un peu pleins de dodo, un peu ensuquée comme on dit là d’où je viens. Si ce n’est qu’il avait oublié les croissants, ce qui a considérablement modifié la teneur du petit déjeuner, lequel s’en est trouvé, première bonne nouvelle, beaucoup plus sensuel, et, deuxième bonne nouvelle, beaucoup moins calorique.

La journée avait pourtant bien commencé, et qui plus est, pleine de bonnes résolutions : prise dans une tornade sportive depuis quelques semaines, j’avais décidé d’aller nager une petite heure à Courbevoie, histoire d’éliminer les derniers relents de vodkas-pomme glacés qu’on m’avait généreusement servies la fameuse veille, au travers de ce qui allait être ma neuvième heure de sport hebdomadaire. D’autant qu’après la mise en jambe du petit déjeuner, j’étais largement prête à me jeter à l’eau pour enquiller les vingt longueurs olympiques qui m’amèneraient, quelques 53 ou 54 minutes plus tard, vers mes deux kilomètres traditionnels.

J’avais donc rendez-vous avec un ami, lui-même ami du livreur de croissants de son état et généreux serveur de vodka à ses heures perdues, devant la piscine Charras où je m’étais garée, et attendais l’heure pile, au volant, perdue dans la lecture d’un Beaux Arts Magazine spécial FIAC, fort à propos pour mon rendez-vous suivant, puisqu’après la culture physique, j’avais décidé de travailler la culture artistique. A la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain), justement.

Mon ami arrivé, nous nous sommes avancés vers l’entrée de la piscine, et nous sommes aperçus, à travers la baie vitrée, que le bassin était vide. D’eau, pas de gens. Enfin, de fait, de gens aussi. Et que donc, cela allait être beaucoup moins pratique. « La piscine est fermée pour raisons techniques pour une durée indéterminée ».
Ah.

Notez soit dit en passant que j’aimerais bien savoir ce que peut être une raison technique interdisant l’utilisation des équipements aquatiques municipaux… Un défaut dans les filtres empêchant l’élimination des déchets plus ou moins habituels tels que l’élastique perdu, le bijou décroché, la montre oubliée (plus rare), la dent déchaussée (encore plus rare), le maillot de bain absorbé (extraordinaire) ? Un état de fonctionnement plus que relatif des valves ou des pompes destinées à remplir le, risquant chaque jour de faire disparaître Courbevoie sous les flots et de transformer cette charmante bourgade de l’Ouest Parisien en Atlantis ? Un cafard, un rat, un chat, un enfant coincé dans les canalisations ? Un coup de gueule des MNS, revendiquant, à défaut d’un salaire décent, le droit de profiter d’un esthétisme ambiant à travers une clientèle jeune, jolie et bien faite option 90-60-90 ? Un accès restreint aux casiers suite à une vague de vandalisme tout droit descendu de la Défense toute proche, empêchant les usagers de ranger leurs petites affaires pendant leur grand entraînement ? Un conflit avec Vivendi sur le tarif au mètre cube ? Le grand ravalement nécessité par la présence de substances douteuses telles que concombres, chatterton, préservatifs, cadavres de hamsters explosés, étriers, gants mappa et masques de chirurgie, vestiges de la soirée privée organisée par l’amicale des échangistes zoophiles ? 

Conscients que nous n’aurions pas de réponse à cette question (nota : penser à la poser à mon ami MNS) et loin de nous laisser démonter par le premier obstacle venu parce que mon ami et moi étions particulièrement déterminés à, respectivement, conserver ses muscles et perdre mon gras, nous voilà partis en voiture en direction de Colombes, exactement dans la zone de la discothèque dans laquelle nous avons festoyé la veille. 
Un hasard, mais qui m’a permis d’appréhender les lieux à la lumière du jour, dans un état de lucidité à défaut de totale, au moins jusqu’à maintenant inégalée, et dans un accoutrement davantage destiné à la pratique du sport qu’à la chasse à l’homme. La prochaine fois, cela dit, on dormira sur place : ça nous évitera aussi d’affronter le barrage de flics à la sortie.
 
En arrivant devant l’entrée, un gentil monsieur, sur sa bicyclette monté, nous informe que la piscine ferme à 13h le dimanche. On se retrouve donc comme un douanier sans frontière, Stone sans Charden, de l’EPO sans Richard Virenque, un concurrent du Dakar sans désert, une souris sans chercheur, une carte Navigo sans parisien, une imprimante sans PC, une table sans masseur, une base de données sans serveur, une tasse sans café, un agent sans carrefour, un clafouti sans cerises …T’as l’air con et tu sers à rien.

Devant tant de signes pour abandonner l’idée de jouer les mérous aujourd’hui, nous avons jeté l’éponge (et si nous avions pu, à la figure des deux directeurs de piscine), alors que nous ne sommes habituellement pas enclins à abandonner aussi vite. Est-ce que la relecture de la théorie de Jouve et Beauvois sur l’entêtement aurait porté ses fruits ?

Mon ami est donc rentré chez lui pour sortir son vélo et pédaler (en espérant que ce ne soit pas dans la semoule) et moi, j’ai directement rejoint le lieu de mon prochain rendez-vous : un traditionnel Starbucks, où j’ai pris mon éternel demi-litre de Mocha au lait, écrémé bien sûr, et sans crème fouettée, cela s’entend.

Non sans m’être arrêtée auparavant chez le chocolatier Foucher, pour y acheter un mendiant au chocolat au lait ET un palet de chocolat noir à la nougatine.

« Les femmes ne sont guère changeantes ; elles restent elles-mêmes, jusque dans leurs contradictions. »  [Henri de Régnier]

Gras : 3 - Olivia : 0.

Par Olivia CHRISTOPHE - Publié dans : Quand... ou comment...
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